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Il s'agit du dernier volet de la  trilogie berlinoise de Philip Kerr, avant que celui-ci ne se décide à faire des suites. Des trois épisodes de la trilogie originelle, donc, celui-ci est le plus complexe et le plus sombre. Il n'en est pas pour autant le moins intéressant.

Nous retrouvons cette fois-ci Bernhard Günther 8 ans après le deuxième volet. Nous sommes en 1947. L'Allemagne a perdu la guerre et Berlin est une ville occupée par les forces alliées, chacune d'entre elles occupant une zone. C'est le chaos le plus total qui règne dans la ville. La plupart des immeubles n'ont pas été reconstruits, la nourriture et les produits de base se font rares et le marché noir est devenu le meilleur moyen de s'approvisionner. Des tensions existent déjà entre les différentes forces occupantes et on sent que peu à peu la guerre froide s'installe. D'ailleurs le blocus de Berlin par les Russes obligeant les alliés à un pont aérien est pour bientôt. Voilà la ville prise dans une nouvelle guerre qui ne dit pas son nom.

Dans ce contexte, Bernahard Günter a repris tant bien que mal ses activités de détective privé. Avec sa femme, ils tentent de survivre, mais il découvre avec tristesse que son épouse n'échappe au moyen le plus courant qu'avait les femmes à cette époque pour améliorer le quotidien : coucher avec les soldats alliés, Britanniques ou Américains de préférence. L'occasion lui est fournie par un général russe d'échapper pour quelques temps à son triste sort et de partir à Vienne pour son enquête.

Becker, un ancien policier avec qui il a travaillé est accusé du meurtre d'un militaire américain. Tout semble indiquer qu'il en est bien l'auteur, mais le général russe, qui se présente comme un ami de Becker ne croit pas à sa culpabilité. C'est d'ailleurs à la demande de celui-ci qu'il fait appel à Günther, Becker se souvenant de ses qualités professionnelles hors pair. .

Une fois à Vienne, il découvre une ville qui a elle aussi subit les dommages de la guerre, mais moins profondément que Berlin. Surtout, il apprend à connaître les Autrichiens et s'aperçoit très rapidement que ces derniers occultent complètement leur part de responsabilité dans les horreurs de l'Allemagne nazie et qu'ils essaient de construire la légende qui voudrait qu'ils aient été victimes de l'Allemagne nazie en tant que pays occupé.

Pour autant, Günther va vite trouver quelques charmes à Vienne, ne serait-ce que pour sa nourriture, bien plus abondante qu'à Berlin. Il va également commencer son enquête, mais il va vite piétiner en découvrant que les services secrets des différentes forces occupantes s'intéressent de très prés à l'affaire. Günther va se retrouver coincé entre les anciens nazis allemands cachés à Vienne, les services secrets militaires américains et le MVD russe (l'ancêtre du KGB), autant de fréquentations sympathiques dont il se serait bien passé.

L'histoire est ici un brin plus compliquée à saisir que dans les deux premiers épisodes, pour une raison simple : la seconde guerre mondiale est finie, place à la guerre froide et donc aux espions et autres services secrets. Désormais tout est caché, non dit voire occulte. C'est dans un monde souterrain que s'ébroue désormais Bernhard Günther, un monde forcément plus complexe mais fascinant parce que l'n comprend peu à peu les jeux de pouvoirs qui se mettent en place et qui seront toute l'histoire de la seconde partie du vingtième siècle.

Mais ce roman est aussi le plus sombre, parce qu'en même temps que Günther on comprend que les logiques effoyables qui ont amené la seconde guerre mondiale sont toujours là, enfouies, mais prêtes à ressurgir à n'importe quel. Un livre sombre parce qu'il ne parle pas seulement d'histoire, mais met en perspective notre propre époque. Sombre, mais passionnant.