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C'est le quatrième volume des aventures de Benhard Günther au pays des nazis. Cette fois-ci, on quitte l'Allemagne et l'Europe, direction l'Argentine. Ce pays comme chacun le sait aujourd'hui, a été une des destinations préférée des anciens SS après la guerre, pour échapper à la justice. C'est d'ailleurs à ce titre que Günther fuit lui aussi l'Europe au début des années 50.

En Argentine, sa réputation d'excellent policier lorsqu'il officiait à Berlin va le rattrapper. Il est contacté par les services secrets argentins pour les aider à résoudre une série de meurtres qui ressemblent à s'y méprendre à une série sur laquelle il avait enquêté en 1932 à Berlin. A l'époque, l'enquête lui avait été retirée avant qu'il aboutisse. Les Argentins pensent que ces similitudes ne sont pas innocentes et que le coupable est certainement à chercher parmi les nouveaux réfugiés allemands. Mais forcément, la vérité est bien plus complexe, et comme toujours avec Günther on se retrouve au coeur du pouvoir, notamment avec Eva Péron.

Il serait faux de dire que la magie est la même que dans les trois premiers épisodes. Il y avait dans ceux là une continuité logique qu'on ne retrouve pas dans "Une douce flamme". Le transfert en Argentine arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, surtout après la dernière aventure en Autriche. Tout ce qui arrive à Gunther est évidemment possible dans le temps, mais cela fait un peu beaucoup pour un seul homme. De même que la systèmatique fin tragique qui attend toutes les femmes qu'il approche, il y a dans ce quatrième opus une certaine lassitude de l'accumulation.

Qu'à cela ne tienne. Il faut réussir à passer outre le personnage de Günther qui n'est qu'un prétexte pour nous faire pénétrer au coeur du pouvoir. En effet, depuis le premier volume tout le talent de Philip Kerr est là : mêler la petite histoire dans la grande. Ce qui est passionnant, c'est la description qui est faite du pouvoir péroniste. Un pouvoir corrompu, dictatorial, où même Eva Péron, icône populaire s'il en est, est utilisée à des fins peu avouables.

Surtout, un des intérêts des livres de Kerr réside dans son côté documentaire, informatif. Si comme beaucoup je savais que les pays d'Amérique du sud, et particulièrement l'Argentine avaient accueilli beaucoup d'anciens nazis, j'ignorais à quel point l'Argentine avait été loin dans la traque des Juifs, et je n'avais jamais entendu parler de cette fameuse diractive onze (Je vous laisse découvrir de quoi il s'agit).

Bref, malgré la lassitude, il est toujours intéressant de lire les aventures de Bernhard Günther.

A lire aussi cette formidable interview de Philp Kerr dans l'Accoudoir.