Voici un film qui en soi est un double évènement. Non seulement il s'agit du premier film de cinéma saoudien, mais en plus, il est l'oeuvre d'une femme, ce qui dans un pays où elles n'ont toujours pas le droit de conduire, n'est pas rien. On pourrait s'arrêter là, et rien que pour ces deux raisons là, qualifier le film d'important. Ce serait faire injure au film et à sa réalisatrice, parce qu'en plus de tout cela, le premier film saoudien est un grand film de cinéma, un petit bijou.

L'histoire est toute simple. Wadjda est une jeune de 10 ans, insouciante et drôle comme la plupart des jeunes filles de son âge dans le monde entier. Son désir le plus cher à Wadjda, c'est d'avoir un vélo pour pouvoir faire la course avec son ami Abdallah. Seulement voilà, en Arabie Saoudite, pour protéger la vertu des jeunes filles, faire de la bicyclette leur est interdit. Qu'à cela ne tienne, Wadjda est obstinée et va mettre en oeuvre des trésors d'ingéniosité pour se procurer ce vélo.

Evidemment, a travers l'histoire de Wadjda, c'est la situation des femmes en Arabie Saoudite qui est décrite. Situation on ne peut dramatique, puisqu'elles n'ont quasiment aucune liberté, et si elles ont le droit de travailler, cela leur est compliqué puisqu'elles doivent payer un taxi pour aller au travail. La polygamie, les mariages forcés très jeune,  les interdictions diverses et variées, tout y est montré avec simplicité. Mais le film est plus subtil qu'une simple dénonciation, il montre, à travers le personnage de la directrice d'école, qu'un tel système n'est possible qu'avec la complicité de certaines femmes et avec le silence des autres.

Triste que tout cela ? Dans l'absolu oui, mais pas dans le film. Parce qu'il y a Wadjda ! Elle a 10 ans et se moque de toutes ces conventions qu'elle ne comprend pas. Elle écoute de la musique interdite sur des cassettes enregistrées, elle apprend à faire du vélo, elle court, elle rit, elle est insouciante. Wadjda et son petit copain Abdallah qui va l'aider à apprendre à faire du vélo, qui n'a pas encore envers les femmes les attitudes dédaigneuses des autres hommes, tous deux sont l'avenir de l'Arabie.

Avec tout cela, il est une raison supplémentaire qui fait de ce film un objet précieux. Il permet de se rendre compte de l'importance du cinéma et de la fiction pour mieux appréhender le réel. L'Arabie Saoudite est régulièrement présente dans nos informations télévisées ou nos magazines de reportages, mais c'est toujours pour nous parler soit de fanatisme religieux, soit de la puissance financière des dirigeants. Le peuple, lui est invisible, et encore plus les femmes. C'est un des grands mérites du film de Haifaa Al Mansour, nous signifier que l'Arabie n'est pas que le pays où l'on s'entraîne au Djihad ou celui des pétro-dollars, mais qu'on y vit aussi.