khadra

Avec "La Part du mort", on retrouve le commissaire Llob dans une enquête au coeur d'Alger. Mais si les romans précédants, "Morituri", "L'Automne des chimères" et Double blanc", tous très sombres, se passaient pendant la guerre civile qui a ensanglanté l'Algérie pendant les années 90, Yasmina Khadra choisit cette fois-ci de situer l'action avant, c'est à dire dans les mois qui ont précédé les émeutes de 1988 qui seront à l'origine de tout ce qui adviendra ensuite.

Lino, l'adjoint de Llob s'est mis dans de sales draps. Il est accusé de tentative de meurtre sur l'une des personalités les plus importantes du règime, un cacique du FLN. Pour pouvoir prouver son innocence et le sauver d'une mort certaine, le commissaire Llob va devoir enquêter sur le passé d'un tueur en série hors du commun qui vient d'être gracié et dont le nom apparaît dans l'enquête.

Avec ce roman, Yasmina Khadra démontre une fois de plus qu'il n'y a pas mieux que le roman policier pour traiter à chaud de l'actualité. Ainsi, c'est au coeur du système politique de son pays que s'attaque Khadra. Un système corrompu, en bout de course. En situant son action vers la fin dès années 80, Yasmina Khadra tente de nous donnes quelques clés pour comprendre comment l'Algérie a pu basculer dans l'horreur. Cette folie meurtrière qui a ravagé tout un pays n'est pas venue de nulle part. A lire Khadra, on comprend que la déliquescence du règime ajoutée au désespoir de tout un peuple qui n'a jamais vu les fruits que l'indépendance était censée lui offrir, tout cela a créé le terreau nécessaire pour que l'obscurantisme propère, même s'il n'est presque jamais question de religion ou des islamistes dans le roman.

Certes, le style de Yasmina Khadra peut parfois dérouter. Il est cru et direct là où l'on s'attendait peut-être à plus de pudeur dans le vocabulaire. C'est cependant ce qui rend ce roman passionnant et important : Khadra ne fait pas semblant, il dit les choses telles qu'elles sont et décrit sont pays tel qu'il est ou du moins tel qu'il le voit. On comprend qu'il ait été menacé. On comprend surtout à quel point Khadra est un auteur essentiel.