kerr2Second volet donc, de la trilogie berlinoise. Cette fois-ci, nous sommes au mois de septembre 1938, au début de la crise des Sudètes, qui débouchera sur les accords de Münich. Bernhard Günther est encore détective privé au début du roman, il est désormais associé avec son ancien collègue de la Kripo Bruno Stahlecker. Il est contacté par Frau Lange, une riche éditrice de Berlin qui désire mettre la main sur la personne qui lui fait du chantage, menaçant de révéler au grand jour l'homosexualité de son fils. Dans l'Allemagne nazie, on sait que ce genre de révélations ne pardonnait pas.

Mais dans la même période, Bernhard est contacté par Heydrich. Plusieurs jeunes berlinoises entre 15 et seize, de bonnes petites allemandes selon les critères en vigueur à l'époque ont été retrouvées mortes dans des circonstances affreuses. La police allemande s'avère incapable de trouver la moindre piste et Heydrich craint que l'affaire ne s'ébruite et entache la réputation de l'Allemagne au moment où Hitler joue une partie périlleuse dans la crise des Sudètes. Il se rappelle qu'autrefois Bernhard Günther avait été un des meilleurs policiers de l'Allemagne, qu'il a eu quelques faits d'armes à son actif. Il décide donc de faire appel à lui, lui met dans les mains un marché qu'il ne peut pas refuser, et Günther se retrouve donc commissaire à la police criminelle.

On retrouve dans ce roman tous les ingrédients du premier, mais cette fois-ci, Philip Kerr fait encore plus fort. Il simplifie son intrigue qui n'a pas la même complexité que dans "l'Eté de cristal", mais il choisit une construction virtuose en menant de front deux enquêtes distinctes qui finissent évidemment par n'en faire plus qu'une seule, mais surtout en se servant de son intrigue pour nous servir sur un plateau et de telle façon que l'on a l'impression qu'ils découlent logiquement de l'enquête, deux évènements majeurs de cette période : les Accords de Münich et la Nuit de cristal.

Suspense haletant, contexte historique, construction géniale et originale, si ce n'était que cela, "La Pâle figure" serait déjà un grand roman. Mais il y a un plus : Kerr profite de son fameux contexte historique pour nous parler du présent. Que ce soit l'homophobie, les sérials killers ou le revival des sciences occultes, c'est bien aussi de notre époque que Philip Kerr Parle.

Bref, si le troisième volet est du même tonneau, j'ai hâte de l'avoir fini pour pouvoir vous le faire partager.