Yasmina Khadra Morituri

En pleine guerre civile algérienne, le commissaire Llob se voit confier par un ancien politique qui a gardé de l'influence, la mission de retrouver sa fille qui a disparu. Très vite, il va  enquêter dans les milieux interlopes de la nuit algérienne, et être confronté à une histoire de corruption où se mêlent politiques et religieux intègristes.

"Morituri" est un mot latin qui signifie "ceux qui vont mourir". C'est exactement la position du commissaire Llob, un policier intègre. Mais dans ce début des années 90, en Algérie il ne fait pas bon être flic, et encore moins intègre.

Le talent de Khadra ne réside pas dans ses intrigues. Compliquées, à l'instar de son pays à cette époque, on s'y perd facilement. Non, ce qui fait que l'on tourne les pages et que ses livres sont particuliers, c'est que Khadra sait nous faire ressentir le climat de peur et d'intolérance de l'époque. Dans ce livre, tout le monde se méfie de tout le monde, les morts violentes sont quotidiennes, la corruption est partout.

Surtout Khadra fait d'Alger un personnage à part entière. Une ville qui, on le pressent, à autrefois fait fantasmer tous ceux qui la fréquentait et qui peu à peu se referme sur ses habitants comme un piège. Llob est entrer dans ce piège, et pour cet raison, il est condamné, si ce n'est à mourir, au moins à vivre dans la peur.

Il faut lire Khadra. D'abord parce qu'il s'agit d'un écrivain au courage hors du commun, mais surtout parce qu'il nous permet de mieux comprendre ce qu'a pu être l'Algérie des années 90. Un pays qui a connu une guerre dont personne n'a vu d'images. Lui nous fournit des images mentales. C'est précieux.