The Pogues sont une légende dans la musique rock irlandaise. Dès le départ, en 1982, la volonté de provoquer sera présente puisque le nom initial du groupe, "Pogue Mahone" signifiait "embrasse mon cul". Au départ, The Pogues se spécialisent dans les reprises de classiques populaires irlandais, mais très vite ils vont y ajouter leur propres compositions. Le succès va venir rapidement au point que dès 1984, ils feront la première partie des Clash.

Si le premier album marche, c'est surtout avec le second qu'ils vont percer. Pour produire "Rum sodomy and the lash", le label indépendant a mis deux conditions : que le nom soit raccourci en The Pogues (le nom originel étant un repoussoir pour les stations de radio et les gérants de salle de concert), et que le chanteur mette un frein à sa consommation d'alcool. Même si la seconde condition n'a pas été tenue, Shane McGowan ayant dû être hospitalisé à la fin de l'enregistrement tellement il buvait, le resultat sera fantastique ; un équilibre parfait entre un rock lorgnant sur le punk et des morceaux clairement d'inspiration traditionnelle ; le disque alterne d'ailleurs compositions personnelles et chansons traditionnelles, souvent revisitées. Il faut dire que la présence d'Elvis Costello (ce n'est pas rien) aux manettes est pour beaucoup dans la réussite artistique du disque. C'est lui qui a eu l'idée de rajouter des musiciens extérieurs, c'est lui encore qui saura rendre ce son si pur à chaque instrument.

Dès la pochette et le titre de l'album, on retrouve le côté potache du groupe, et un brin politisé. La pochette est une parodie du "Radeau de la méduse", les visages des personnages peints par Géricault étant remplacés par ceux des membres du groupe. Quant au titre, il s'agit d'une reprise partielle d'une phrase qu'aurait prononcé Winston Churchill à propos des marins de la marine britannique dont il ne pensait pas le plus grand bien (la phrase exacte serait; "Rum, sodomy, prayers and the lash", ce qui littéralement veut à peu prés dire Rhum, sodomie, prières et fouet").

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L'album débute triomphalement par une musique endiablée" The sick bed of cuchulainn", très lent au tout, le rythme s'emballe, à tel point qu'on se demande Shane McGowan peut la chanter quand il est ivre (c'est à dire tout le temps) (paroles ici).

Sur la seconde chanson, plus calme, plus, Mc Gowan installe sa légende de chanteur voyou avec une magnifique performance vocale (paroles ici).Comme pour déstabiliser l'auditeur, le troisième morceau est entièrement instrumental, un classique traditionnel auquel Costello a insuffler une touche moderne aussi décapante que géniale. Déstabilisation encore, puisque sur la chanson "I'm a man you don't meet every day" (ici), c'est Cait O'Riordan (qui au passage, quittera le groupe après l'album pour se marier avec... Elvis Costello), la seule femme du groupe qui passe au chant.

Retour de McGowan au chant avec "A pair of brown eyes" une magnifique ballade (irlandaise of course) (ici), comme nul autre que lui sait les faire, et comme il en fera tant par la suite.

 Des roulements de tambour annoncent "Sally MacLennane", autre magnifique chanson, au rythme incroyable où là encore McGowan fait des prouesses (paroles ici).

La face B (ah oui, j'ai oublié de préciser qu'il est nettement mieux de l'écouter en vinyl), débute par la chanson la plus connue du répertoire irlandais : "Dirty old town" (allez, je mets quand même les paroles). Composée par Ewan McColl en 1949, ce sont les Dubliners qui l'ont rendu populaire. Les Pogues en donnent une version toute en finesse et en sobriété (sic). La version scènique, avec un McGowan qui tient à peine debout, est tout bonnement incroyable. La symbiose avec le public est extraordinaire, on pourrait croire que c'est presque un hymne national.
La chanson suivante "Jesse James" (ici), jolie petite ballade classique, est interprétée par un nouveau chanteur que je n'ai malheureusement pas réussi à identifier. Elle est immédiatement suivie par une autre ballade, "Navigator" (ici), chantée de nouveau par McGowan. On a l'impression que le morceau est presque acoustique, mais tous les instruments sont pourtant présents. Il fallait ces deux plages de calme avant de retrouver la folie dansante du groupe avec "Billy's Bones" (ici) et "The Gentleman soldier" (ici).
Le groupe termine par une prouesse avec "And the Band played waltzing Matilda", superbe reprise de 8 minutes d'un classique australien ultra populaire (en Australie !), composée par le songwriter Eric Bogle en 1971. La chanson est un véritable texte antimilitariste sur la première guerre mondiale et ces Australiens que l'on envoyait mourir en Turquie. Les paroles sont belles à pleurer et j'ai, par chance, réussi à trouver une traduction (ici). La vidéo que j'ai trouvée est magnifiquement illustrée.
Sources :
Wikipédia bien sûr, mais, pour les anglophones, préférer l'article sur la version anglaise, il est plus complet.
Le numéro d'aout 2012 de Rock and folk, où l'album a fait son entrée dans leur discothèque idéale.
Allez, un petit bonus en réponse à un commentaire, mais je préfére la version concert :