Fondé en 1980 et dissous en 2004, ce groupe d'alsaciens occupe une place à part dans le paysage musical hexagonal. S'ils ont été parmi les premiers à chanter en anglais, c'est surtout par l'originalité de leur musique qu'ils se sont fait un nom. Très influencé par le Velvet Underground, Kat Onoma oscille entre jazz, punk rock et expérimentations musicales. Leur exigence artistique leur vaudra parfois l'étiquette de groupe "intellectuel" par une certaine presse spécialisée, ce qui les coupera probablement du grand public. Pourtant leur musique reste accessible, sombre certainement, mais surtout très belle. "Far from the pictures" est leur quatrième album, sorti en 1995, probablement leur plus bel opus, le plus cohérent et le plus aérien en tout cas.

Le disque débute par "Artificial life" et par un formidable solo de guitare au son très propre, puis vient la voix de Rodolphe Burger, presque parlée, cela ressemble à un prêche. Impression que vient renforcer le refrain. Pendant tout ce temps, la guitare, continue, presque en solo, presque détachée. t quant arrivent les cuivres dignes de Miles Davis, on se dit que d'emblée ils frappent fort, que cela ne peut être qu'un grand disque.

Le second titre "Idiotic", est celui qui donne le titre à l'album, tout simplement parce que "Far from the pictures est la phrase répétée en boucle par Burger. Là aussi, intro guitare batterie, avec la voix toujours aussi sombre de Burger. Puis, le refrain, avec déferlement de guitares au son cradingue. Le tout pour une impression infernale. L'apport de cuivres sur la fin rappelle cet autre groupe novateur et génial que fut Morphine.

"Video chuck" reprend la même chimie guitare - batterie et voix crépusculaire, mais cette fois-ci sur un rythme plus complexe. Le refrain est introduit par une envolée de guitare très propre dans les aigus : c'est  clean, c'est génial, c'est vivifiant.

"La chambre" tranche avec les trois premiers titres. Il s'agit d'une véritable ballade, en français cette fois-ci. Ambiance un peu précieuse avec un texte très beau, très littéraire. La chanson a été largement diffusée sur les ondes. Elle permettait aux radios de diffuser du Kat Onoma tout en remplissant les critères de chanson française.

"Bingo" multiplie les expériences, avec une construction en plusieurs, et surtout un voix nasillarde qui vient en complèment de celle de Burger. A écouter attentivement plusieurs, parce que le titre est complexe et propose plusieurs entrées.

Sur "asad tale" la musique est presque effacée, et c'est la voix de Burger qui nous parle, nous raconte une histoire, une voix toujours aussi retenue, aussi sombre. Burger ne chante pas.

Changement de pied radical avec "Reality show" très rythmé, des percussions qui emportent tout au départ pour laisser peu pà peu la place à une phrase de guitare. Cette chanson semble être un écho à la première du disque. Il y a de l'idée chez Kat Onoma, un fil directeur discret, invisible qui court sur tout le disque. Sur cette chanson, Burger alterne français et anglais.

Arrive ensuite la chanson la plus belle "No pem " (malheureusement, je n'ai pas trouvé de vidéo). Toujours cette voix triste, cette guitare claire, limpide, mais cette fois-ci avec un saxo aigu au coeur de la chanson, un saxo qui pleure à la mière d'un Miles Davis, c'est beau, c'est déchirant. Et Burger qui ensuite reprend sa litanie, tel un Lou reed de la meilleure des périodes : c'est grandiose.

"love loop" reprend les mêmes ingrédiants que dans les premiers, la chanson n'aurait que peu d'intérêt si cette Burger ne donnait l'impression d'entonner un début de chant : et d'un seul cop l'espoir apparaît, le disque s'illumine un peu. Pourtant, la chanson reste dans le droit fil du reste : sombre.

Sombre disque ? Alors il est logique qu'il y est une chanson sur le déluge : ça tombe bien, il y en a une"le déluge (d'après moi)", et curieusement, ce titre en français, et l'un des plus lumineux de l'album. Dieu que les guitares sont belles chez Kat Onoma !

"Blue velvet" vient directement des frères siamois new yorkais. Chanson calme douce, apaisée, directement inspirée par le "Velvet underground". Petite pause sympathique avant le magnifique "John and Mary", chanson à deux voix en français et en anglais écrite par Olivier Cadiot. Si on se concentre sur la batterie, on se dit que le tempo est phénomènal, incroyable.

Dans la foulée, on a "missing shadow blues". Toujours aussi ténébreux, toujours aussi beau.

Le disque se termine par un morceau de 6min. "A birthday". Chanson douce apaisée, où l'on a l'impression que le temps s'arrête.