mort d'une héroine rouge

 

Beaucoup plus qu'un roman policier, c'est un fantastique portrait sans concessions de la Chine du début des années 90. Et comme dans tous les bons polars, l'intrigue policière passe au second degré, tant la psychologie des personnages, la subtilité des considérations politiques sont évoqués de manière puissante, et jamais de façon manichéenne.

L'auteur vit aux Etats-Unis, et on se doute bien que s'il était resté en Chine, un tel livre n'aurait jamais vu le jour. Pourtant, c'est bien parce qu'il ne tombe jamais dans le piège d'opposer les "mauvais communistes" au reste de la population, parce qu'il décrit une situation forcément beaucoup plus complexe, donc beaucoup plus intéressante, que son livre est passionnant.

La trame de l'histoire est vraiment simple. Le corps d'une jeune femme est retrouvé dans les eaux d'un canal. Cette jeune femme est une travailleuse modèle de la nation. Une sorte de star pour le régime chinois. L'enquête devient donc très vite politique. Et les deux inspecteurs chargés de l'enquête vont devoir jongler avec les contraintes d'une pression venue des plus hauts sommets de l'Etat chinois, mais aussi avec les difficultés de leur vie quotidienne : problèmes de logement, de répression, de promiscuité. Et pourtant, et c'est là que le livre est subtil, aucun des deux personnages ne va jamais remettre en cause le système, on sent même au contraire, une fierté de servir le régime.

De bout en bout ce livre est splendide. C'est une découverte réelle de la Chine, comme peu de médias nous l'ont montré. La Chine du peuple, celle qui se débrouille au quotidien pour se loger, mais aussi une Chine fière de son passé et de sa culture. En effet, l'auteur émaille son livre de nombreuses citations de poètes chinois parfois millénaires.

Un livre à lire absolument.

 PS : billet déjà publié sur Rêver de nouveau.