Malgré un formidable retour sur le devant de la scène grâce à son dernier disque studio, Gil-Scott Heron reste un artiste largement méconnu du grand public. Pourtant, dans l'histoire de la musique, il occupe une place essentielle, le chaînon manquant entre jazz, soul, rap et slam.

Poète et romancier également, son roman policier paru en 1969, le vautour est aujourd'hui devenu un classique, c'est en enregistrant des disques à la croisée des chemins entre poésie et musique qu'il va se faire connaître.A la fin des années 60 et durant une bonne partie des années 70, il va inventer le "spoken words", sorte de mélopée scandée plus que chantée, très influencée par la soul et le jazz. Pour beaucoup, Gil-scott Heron est considéré comme l'un des précurseurs du rap moderne.

Engagé politiquement, idéologiquement proche des Blacks Panthers, ses textes reflètent évidemment ses engagements, à l'instar de son titre le plus connu de cette période "The Revolution will not be televised".

Il connaît son apogée au coeur des années 70, mais à partir des années 80 ses albums sont moins bons, se vendent moins, à tel point qu'il est écarté de sa maison de disque. Peu à peu il va se marginaliser, même si en 1993 il sort "Spirit" un nouvel album où il prend ses distances avec la scène rap dont il juge les positions politiques peu claires.
Drogues, violences, il finira par être incarcéré en 2001 pour un an . Ce n'est qu'en 2010 qu'il effectuera son grand retour avec un disque au titre qui parle de lui-même : "I'm new here". Probablement son meilleur opus.
Alternant morceaux musicaux et textes scandés, "I'm new here" est un disque court, d'une petite demi-heure seulement qui doit s'écouter d'une traite tant l'ensemble est d'une rare cohérence. A l'approche de la soixantaine, Gil-Scott Heron y apparaît certes apaisé, mais le disours est toujours aussi revendicatif, mâtiné cependant de sagesse.
L'album est cependant porté par un titre magnifique, le sublimissime "Me and the devil", où il tente d'expier les démons qui l'habite. A noter que le titre fait partie de la bande-son du formidable film d'Agnès Jaoui "Au bout du conte".
Gil-Scott Heron est décédé en 2011 à l'hopital pour pauvres de New-York.