william Sheller

William Sheller, dans le milieu musical français, a une place à part. Passionné de musique classique, il a toujours composé, des messes, symphonies, des quatuors, des concertos. Il a également composé plusieurs musiques de films, et pour certains, c'était d'ailleurs le seul élément de qualité. Pourtant, c'est dans le domaine de la variété qu'il va percer, avec un style qui lui est propre : des chansons souvent très orchestrées évidemment et souvent empreintes d'une certaine nostalgie. Personne n'a oublié ces beaux titres que sont "Le Carnet à spirale", "Nicolas", "Oh, j'cours tout seul", "Les filles de l'aurore", "Maman est folle", et des dizianes d'autres, sans oublier bien sûr le majestueux "Un homme heureux".

Justement, cette chanson est la seule nouveauté de l'album live de 1991 "Sheller en solitaire", un album qui va rencontrer un succès phénomènal (près d'un million d'albums vendus ! ). Cpendant, ce n'est pas un simple enregistrement de concert, car Sheller se contente rarement de chanter ses chansons sur scène. A chaque nouveau spectacle, il réorchestre ses chansons, cette fois-ci, il a pris ses plus grands succès, certains enregistrés à l'origine avec des orchestres symphoniques, et en a fait des versions piano-voix.

Difficile de rebondir artistiquement après un disque si beau, et après un tel succès. Il va pourtant le faire 3 ans plus tard, en 1994, en changeant complètement de direction. Exit les orchestres, les violons, place désormais aux guitares électriques, à la batterie, pour un album rock, résolument électrique, avec des accents psychédéliques. Changement à 180 ° donc, trop radical peut-être car le public ne suivra, le disque n'aura pas le succès espéré. C'est pourtant bien dommage, car pour beaucoup, dont je fais partie évidemment, il s'agit de l'un des meilleurs disques de rock en français.

Enregistré outre-Manche (d'où le titre de l'album), avec des musiciens qui sans être des stars sont parmi les meilleurs, "Albion" est pourtant bel et bien un album de William Sheller. On y retrouve cette nostalgie qui le caractèrise, toujours le même soin apporté aux compositions où rien n'est laissé au hasard, et surtout la même capacité de créer un univers, une histoire en quelques minutes seulement.

C'est "good bye good bye good" qui a l'honneur d'ouvrir l'album. Curieuse idée de débuter un disque par une chanson qui s'appelle "au revoir" en bon français.  Après une très belle intro à la guitare, Sheller y annonce la couleur des les premières paroles : "laisse-moi t'emmener avec moi, laisse-toi aller juste pour une fois". Une invitation à s'embarquer pour les nouveaux mondes qu'il nous propose. (On trouvera les paroles de toutes les chansons du disque ici). Avec un final complètement décalé, digne d'une escalade en haute montagne.

"Maintenant tout le temps" est le titre qui suit. C'est celui qui sera choisi pour sortir en single. Il s'agit d'une déclaration d'amour, mais comme toujours chez Sheller, on est en décalé, puisqu'il charge une autre de faire la commission pour lui. Mais ce qui marque, c'est la musique : quelle variété dans les accords, dans les mélodies qui se succèdent, avec un déferlement final qui peut surprendre. Sheller démontre que le rock peut être autre chose qu'une musique binaire, ça peut mettre être une musique complexe, qu'il faut du temps pour appréhender.

"Les Enfants sauvages" débute comme un morceau de hard rock, avec des riffs de guitare et une batterie qui cogne bien. La voix douce, calme de Sheller vient en contre-champ. On a le contrepoint idéal pour cette histoire d'enfants à la colère contenue. A noter un très beau solo de guitare digne des meilleurs groupes sudistes américains.

Accents psychédéliques ai-je dit ? Voici donc "Silfax". Morceau qui me fait penser à un hommage à Lewis Carroll, même si je n'en suis pas sûr. Voix complètement éthérée, batterie qui cogne, et encore cette guitare aux accents sudistes. Moi, ça me plait beaucoup, mais je comprends que ça décontenance.

"I spy", est dans un registre différent, mais si la voix y est là aussi un peu éthérée. Seule chanson en anglais de l'album, langue que Sheller parle couramment pour avoir grandi aux Etats-Unis, elle en plein dans les canons esthétiques de l'époque : le début des années 90, c'est le summum du grunge et l'explosion de la brit pop. "I spy" est la synthèse parfaite des deux.

"La Navale" est ma chanson préférée. Comme le titre l'indique elle commence par des bruits de mer, c'est la chanson la plus nostalgique, presque empreinte de tristesse. Cette histoire de marin au long cours me touche, d'autant plus que la guitare qui pleure par dessus est magnifique. C'est ce genre de chanson qui prouve que Sheller est un artiste indispendsable, qu'il touche des cordes sensibles que peu d'autres que lui savent atteindre. Malheureusement, la vidéo n'est pas très chouette, mais bon, je ne pouvais pas ne rien mettre pour ce petit bijou.

Avec "Excalibur", Sheller renoue avec l'un de ses exercices préféré : la réécriture de l'un de ses morceaux. Composée pour l'album précédent, cette chanson orchestrée symphoniquement devient presque un opéra rock, un morceau monstrueux avec des plages de calme et d'autres d'emballement. Je mets deux vidéos rien que pour ce titre incroyable. La première, une version live, avec guitares électriques et surtout orchestres symphonique qui pemet de prendre la mesure du grand talent de compositeur de Sheller.

La seconde, parce que c'est un petit bijou. Il s'agit du clip réalisé pour la première version de la chanson. Un truc extraordinairement beau, venu tout droit de Fritz Lang ou d'Eisenstein et signé Druillet. Ne loupez pas ça !

"Comme on n'oublie pas" commence par une successions de bruits bizarres, puis quelques notes de synthés, tout cela fait peur, et la voix, toujours éthérée de Sheller, ne fait qu'en rajouter. Jusqu'à ce la batterie, puis progressivement les guitares prennent le pas pour aller jusqu'au refrain. Au final, une chanson vraiment chouette.

Avec "On vit tous la même histoire", on retrouve cet univers propre à Sheller. Une certaine nostalgie, mais dieu que les refrains et les guitares sont jolies chez lui.

L'album se termine avec "Relâche". Chanson hommage au milieu du cirque. La plus apaisée de l'album, la seule ballade également.

 

PS : Je suis loin d'être le seul a adorer cet album, sur Rock fever aussi, on ne tarit pas d'éloges.