Ils sont nombreux à penser que le meilleur disque de Supertramp, groupe légendaire s'il en est, est "Breakfast in America ". Je ne partage pas cet avis ! Pour moi, le meilleur album du groupe, est de loin, est "Crime of the century". S'il est le troisième disque publié sous le nom de Supertramp, il est le premier du groupe dans la formation qui lui fera connaître le succès : Rick Davies et Roger Hodgson, les leaders du groupe qui separtagent l'écriture des morceaux, Dougie Thomson à la basse, Bob Siebenberg à la batterie et John Helliwell au saxophone. Avec ce disque, Supertramp trouve le son qui sera le sien, mais surtout invente des sons et reussit à créer une alchimie rare entre chacun de ses membres. Tous les autres disques seront construits à partir  de cette base là, avec parfois peut-être plus de réussite ou de talent, mais "Crime of the century" est fondateur, novateur, essentiel.

"Crime of the century" n'est pas un concept album au sens propre du terme, c'est à dire que les chansons ne se suivent pas pour raconter une histoire, mais il s'en rapproche tout de même dans la mesure où tous les morceaux sont construits autour de la même thématique, l'aliénation physique et mentale. Les textes sont sombres, ombrageux parfois, pais portés par des mélodies certes déstructurées parfois, mais entraînantes, profondes et belles.

Comme toujours avec les disques, et notamment les vinyls, tout commence avec la pochette ; et celle de "Crime of the century" est splendide : des mains accrochées aux barreaux d'une fenêtre de prison, le tout perdu dans l'espace. L'aliénation, la folie symbolisée. En une image, le disque est résumé.

supertramp

Comme tous les grands disques, celui-ci débute par un chef-d'oeuvre, une chanson qui imprime sa marque sur tout le disque et en donne le la : "School". Bien avant Pink Flyd et "The Wall", Supertramp s'en prend à l'école et son formatage (paroles ici). La chanson débute par de l'harmonica façon western, rappelant Ennio Morricone dans ses plus grandes oeuvres. Le texte est ici formidable, mais ce qui l'est encore plus c'est le coeur du morceau avec un solo de piano incroyable. Supertramp sort de la construction classique refrain/ couplet, pour donner un l'impression d'une montée en puissance, symbolisant à la fois l'emprise du formatage scolaire sur les individus, mais aussi la liberté qu'il y a à s'en échapper. Grandiose !

Dans la continuité arrive "Bloody well right" (ici). Très belle chanson introduite par un joli solo de piano fender, appuyé par la guitare par petites touches, cette chanson est presque la suite logique de la première, les atermoiements de quelqu'un confronté à l'échec de ses études qui se pose des questions existentielles sur la vie. A tous ceux qui comme moi, ce sont parfois demandé quelle était l'utilité de la pédale wah-wah, ce morceau est une joli : sans les trente secondes de distorsions des sons apportés par cet outil, le morceau ne serait pas le même et n'aurait plus aucune saveur. Pour la vidéo, j'ai trouvé quelque chose de très joli, ou la musique illustre des oeuvres d'art.
Attention, si le titre suivant dure 7 minutes, ce sont 7 minutes de bonheur parfait. "Hide in your shell" explore les tréfonds de l'âme humaine (paroles ici). Piano et saxophone parfaitement accompagnent majestueusement un texte magnifique. Pas de passages instrumentaux pour une fois retour à une construction plus classique couplet/ refrain (sauf sur la fin ou tout explose de façon logique), mais bon dieu, ce que c'est beau !
Exactement de la même eau, on trouve "Asylum". Plongée au coeur de la folie d'un personnage schizophrène qui refuse d'être considéré comme fou. Toujours ce piano entêtant, sublime en contrepoint de la voix de Rick Davies. Quant à l'ajout de choeurs de façon subtile qu'en dire ? Rien si ce n'est que c'est parfait. La fin de la chanson qui part un dans tous les sens caractérise à la perfection la folie.
La face B de l'album (le vinyl, encore et toujours, ne l'oubliez pas) commence comme la face a : par un bijou, un des plus grands succès du groupe, en tout cas celui qui lui permettra de se faire connaître du grand public. Il faut dire que "Dreamer" (paroles ici) est la seule chanson du disque à avoir une durée de 3 minutes, c'est à dire le format idéal pour les radios. Mais bon, son formatage évident n'enlève rien à sa qualité : piano bondissant, très beau choral, etc. A découvrir, une vidéo formidable avec orchestre symphonique.
Après ce titre virevoltant, "Rudy" (ici) vient calmer les esprits. Chanson plus calme, plus douce, du moins dans son introduction, parcequ'au bout de deux minutes, le piano reprend le dessus, mais ce n'est qu'un intermède parce que l'impression qui ressort de "Rudy" c'est bien celle de la nostalgie, sentiment renforcé par le saxo^phone et surtout par les violons. Mais "Rudy" c'est d'abord et avant le final : 3 minutes incroyables où tout s'enchevètre, la voix de Roger Hodgson, celle de Rick Davies, guitare, piano, tout se succède à un rythme fou.
Après ça, il ne fallait rien moins qu'une jolie petite ballade pour se remettre de ses émotions. Ce sera donc "Everyone was listenig". C'est peut-être le titre le plus méconnu du disque. Injustement à mon avis, parce que s'il n'y a certes pas la recherche formelle de certains autres titres, il y a une indubitable influence des Beatles à la fin de leur carrière, et "Everyone was listenig" est une belle chanson qui aurait été sorti en single si le disque n'en avait par regorgé autant.
Un album entièrement consacré à la folie ne peut que se terminer par un titre énigmatique : "Crime of the century" qui donne son nom à l'album. De quel crime s'agit-il ? On ne le saura pas vraiment, toutes les interprétations sont possibles (paroles ici). Encore une fois, c'est la partie instrumentale de la fin qui est incroyable. Elle débute par quelques notes de piano reprises ad libidum, puis les percussions, les violons prennent peu à peu le dessus avant que n'arrive, sublime, le saxophone aérien de Helliwell ; et à la toute fin, de façon presque subliminale, on réentend les premières notes de "School". La boucle est bouclée, il ne reste qu'une seule chose à faire, remettre le disque tellement c'est bon.
PS : Pour en savoir plus sur ce disque, vous pouvez aller sur "Discochronics", excellent site.