Lorsque l'album sort fin 1992, le groupe est déjà au sommet de sa gloire. Pourtant, considéré  comme un bon groupe de rock, il va connaître pendant une dizaine d'années un succès critique indéniable, mais le public ne suivra pas toujours. C'est seulement avec le magnifique septième album du groupe, "out of time" que la reconnaissance mondiale va venir, porté par le single "loosing my religion". Ce disque est un tournant artistique dans l'histoire du groupe. Moins rock, faisant appel à des instruments peu courants dans le rock, c'est un album plus pop, assagi.

Après l'immense succès que fut "Out of time", le groupe est attendu au tournant. Chacun s'attend à un retour à un son rock, mais là encore, la bande à Michael Stipe surprend. Non seulement on retrouve la douceur du précédent, mais cet album sera le plus introspectif, le plus sombre du groupe. Le succès va là aussi être immense, malgré le fait que le groupe ne va faire aucune promotion. A noter, la présence de John Paul Jones, le si doué ex-membre de Led Zeppelin, aux arrangements sur certains titres.

Il officie d'ailleurs dès le premier morceau, le lumineux "Drive", qui sera aussi le premier single et un immense tube. Ca commence par quelques notes  de guitare, puis la voix de Stipe qui toute la chanson scande les paroles (ici) plus qu'elle ne les chante. Premier morceau, est déjà les tourments d'une jeunesse qui se cherche sont au coeur de la chanson. Il faut dire que les membres du groupe arrivent à la trentaine et traversent visiblement une crise existentielle.

L'obsession de la mort est le thème du second titre, "Try not to breathe" (ici). Une musique acoustique, mais presque insouciante qui tranche avec la morosité des paroles. Toujours le phrasé aussi claire de Michael Stipe. Avec "the sidewinder sleeps tonite", retour de John Paul Jones. Une mélodie un brin plus entraînante, une voix de Stipe qui monte incroyablement haut dans les aigus, des nappes de violon aériennes au moment du refrain, bref, un magnifique morceau où les paroles (ici) sont plus énigmatiques que jamais et toujours aussi sombres.
De la morosité, certes mais géniale, il y en a encore avec "Everybody hurts", la plus belle chanson (ici) de l'abum et probablement du groupe. Une belle mélodie au piano, quelques violons et un peu de batterie au moment du refrain, pas de fioritures donc, de l'épure, mais qu'est-ce que c'est beau. Stipe a écrit cette chanson en réaction au nombre important de suicides chez les jeunes. Il se murmure que Kurt Cobain écoutait d'ailleurs beaucoup la chanson quelques jours avant sa mort. John Paul Jones est encore là !
"New Orleans Instrumental n°1" est comme son nom l'indique un morceau entièrement instrumental, où, surprise !, l'on entend du violoncelle. Là encore, le côté calme, épuré, noir du morceau surprend mais fait corps avec le reste de l'album. Tristesse et nostalgie encore dans le très doux et magnifique "Sweetness follows" qui parle de la réaction que l'on peut avoir à la mort d'un proche (ici) ; Et toujours cette addition de violons, si belle, si pertinente. "Monty got a raw deal"  (ici) est une nouvelle douceur qui commence acoustique, pour finir avec un son plus soutenu par les percussions. Y aurait-il un surplus d'écoute de Fleetwood Mac sur ce morceau ?. "Ignoreland" est le morceau le plus rock, le plus électrique de l'album, où l'on retrouve le son du précédent. Pas ma chanson préférée du disque, mais elle permet une respiration tout en restant profopndément sombre dans les paroles. Retour à l'acoustique avec "Star me kitten" qui met en interrogation la vie de couple, et à en croire les paroles, c'est pas simple (ici).
Avec "Man on the moon" arrive un autre sommet de la discographie du groupe. Un immense tube que cette chanson écrite (ici) en hommage à l'humoriste et provocateur de génie Andy Kaufman. La chanson sera reprise pour le film éponyme de Milos Forman avec jim Carey dans le rôle de Kaufman. très belle chanson empreinte certes une fois de plus de nostalgie, mais où pour une fois traîne un de joie (un peu seulement, surtout dans la mélodie).
"Nightswimming" est le quatième et dernier titre où l'on retrouve John Paul Jones. Ca commence par un très beau et classique piano voix, qui viendront soutenir par petites touches délicates quelques nappes de violon. On entend mieux que jamais la voix splendide et triste de Stipe, qui articule toujours aussi bien. Très belle chanson (ici).
"Find the river" clôt l'album comme une évidence. Stipe y parle de son impossibilité à suivre les mêmes routes que les autres, de sa voie à lui différente. Magnifique texte (ici), le plus optimiste de l'album.